Intelligence artificielle (IA)
Washington bannit DeepSeek des agences fédérales : retrait obligatoire des systèmes informatiques
La guerre froide technologique entre Washington et Pékin vient de franchir un nouveau palier. Selon Bloomberg, l'administration Trump a interdit aux agences fédérales civiles d'utiliser les produits et services de DeepSeek, la start-up chinoise d'intelligence artificielle qui avait secoué la course aux modèles début 2025.
Un ordre signé en juillet, révélé aujourd'hui
Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a déposé lundi un avis au Federal Register : l'ordre d'« exclusion et de retrait » n° 2026-01, signé par le secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin le 24 juillet 2026, est resté secret jusqu'à cette semaine. Sa publication officielle est prévue pour le mardi 20 octobre (dossier DHS-2026-0628).
L'ordre s'appuie sur le Federal Acquisition Supply Chain Security Act de 2018, une loi conçue pour les fournisseurs de matériel et de cybersécurité — appliquée ici pour la première fois à des modèles d'IA conversationnels.
Un périmètre très large
Les agences civiles de l'exécutif fédéral doivent :
- retirer tout produit DeepSeek de leurs systèmes informatiques ;
- cesser d'acheter des produits ou services DeepSeek, y compris les produits tiers construits sur les modèles DeepSeek.
Ce dernier point est crucial : de nombreux fournisseurs américains font transiter une partie de leurs charges d'inférence par les modèles ouverts de DeepSeek, moins chers que ceux d'OpenAI, d'Anthropic ou de Google. En visant aussi ces usages indirects, le DHS ferme une échappatoire évidente.
Les menaces invoquées
Le DHS évoque « plusieurs vecteurs de menace » : le transfert de données sensibles vers la Chine, la collecte de renseignements sur des personnes ou agences américaines, et la présence possible de logiciels malveillants ou de vulnérabilités dans les modèles eux-mêmes. DeepSeek est ainsi traité comme un risque de chaîne d'approvisionnement, au même titre qu'un routeur compromis.
Le contexte est chargé : le département du Commerce et la marine américaine avaient déjà banni DeepSeek de leurs appareils, plusieurs États (New York, Tennessee, Virginie) ont pris des mesures similaires, et la FCC doit voter le 29 octobre sur l'interdiction pour les laboratoires chinois de tester des appareils électroniques destinés au marché américain.
Notre avis
Ce qui frappe, ce n'est pas tant l'interdiction elle-même — attendue depuis des mois — que sa portée juridique. En mobilisant une loi sur la chaîne d'approvisionnement, Washington affirme que l'IA est désormais une infrastructure critique, au même titre que les télécoms ou l'énergie. Pour DeepSeek, le coup est symbolique plus que commercial : le marché fédéral n'était pas son terrain de jeu. Mais le signal envoyé à tout l'écosystème — y compris aux fournisseurs américains qui s'appuyaient discrètement sur ses modèles ouverts — est limpide : l'ère de l'IA « sans frontières » est bien terminée.